Première Guerre mondiale


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« Grande Guerre » redirige? ici. Pour les autres significations, voir Grande Guerre (homonymie) et Guerre mondiale
Première Guerre mondiale

Informations générales
Date du 4 août 1914
au 11 novembre 1918
Lieu Europe, Afrique et le Moyen-Orient (brièvement aussi en Chine et dans l’océan Pacifique)
Issue Victoire de l’Entente;
Traité de Versailles
Belligérants
Triple-Entente :
France France
Royaume-Uni Royaume-Uni
 Empire Russe
Drapeau du Royaume de Serbie Royaume de Serbie
Royaume d'Italie
États-Unis États-Unis
Belgique Belgique
et autres
Triple-Alliance :
Drapeau: Empire allemand Empire allemand
Drapeau de l'Autriche-Hongrie Autriche-Hongrie
Empire Ottoman  Empire Ottoman
Drapeau bulgare Bulgarie
Commandants
Georges Clemenceau
David Lloyd George
Nicolas II
Vittorio Emanuele Orlando
Woodrow Wilson

Albert Ier de Belgique

Guillaume II
François-Joseph Ier
Mehmed V
Ferdinand Ier
Batailles
Front de l’Ouest

FrontièresLiègeAnversYserGrande RetraiteMarne (1914)Course à la merNeuve ChapelleYpres (1915)Artois (05-1915)Artois (09-1915)LoosHartmannswillerkopfVerdunHulluchSommeCôte 70Arras (1917)VimyChemin des DamesMessinesPasschendaeleCambrai (1917)Cambrai (1918)MichaelLysAisne (1918)Bois BelleauMarne (1918)Château-ThierryHamelCent-Jours


Front de l’Est
StalluponenGumbinnenTannenbergLembergKrasnikLacs de Mazurie (I)PrzemyślVistuleŁódźBolimovLacs de Mazurie (II)Gorlice-TarnówVarsovieLac NarochOffensive BrusilovOffensive Kerensky


Afrique et Méditerranée
LaiSandfonteinTangaDardanellesNaulilaJassinGibeonBukobaSalaitaNegomano


Batailles navalles
1re HeliogolandPenangCoronelFalklandsDogger BankGotlandJuttlandPas-de-CalaisDétroit de Muhu2e HeliogolandZeebruges1er Ostende2e Ostende

La Première Guerre mondiale est un conflit qui s'étend de 1914 à 1918 et qui s'est principalement déroulé en Europe auquel ont participé un grand nombre de pays à travers le monde. Cependant, avant le début de la Seconde Guerre mondiale, on l’appele « la Grande Guerre », « la Guerre des Guerres » ou encore la « Der des Ders ». Sa dimension mondiale est relative. Au niveau des nations, elle concerne effectivement beaucoup de peuples notamment à travers la présence de nombreux ressortissants des régions dominées par les grandes puissances coloniales. Au plan géographique, elle reste circonscrite à l’Europe, à une petite partie de l’Asie et de l’Afrique, et à l’Atlantique Nord.

Sommaire

Les origines de la Première Guerre mondiale

Si la Première Guerre mondiale est déclenchée par l'assassinat de l'archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, héritier du trône d’Autriche, cet événement ne fait que cristalliser des tensions issus de contentieux antérieurs. C'est le détonateur d'une guerre préparée de longue date, aux origines plus profondes. On compte parmi les raisons structurelles un nationalisme fort, la montée des impérialismes et les volontés expansionnistes ou qui y sont associées comme l'irrédentisme italien, des conflits précédents non résolus (Perte de l'Alsace-Lorraine par la France, guerre des Balkans) auxquelles s'ajoutent les rivalités économiques, un système d'alliances militaires complexe développé entre les différents pays européens au cours du XIXe siècle après la défaite napoléonienne de 1815 et le Congrès de Vienne qui s'en est suivi, des malentendus diplomatiques (l'Allemagne croyait notamment que la Grande-Bretagne resterait neutre[1][2]) ou encore des gouvernements instables comme le régime parlementaire en France. Le climat de tension régnant avait poussé les grandes puissances européennes dans une course aux armements et chaque état-major s'était activement préparé au conflit. L'attentat de Sarajevo va déclencher ce que l’historien Jean-Baptiste Duroselle appelle un « mécanisme »[3] qui va entraîner presque malgré eux les protagonistes vers une guerre totale.

Impérialisme et nationalisme

La question coloniale et économique

Représentation de la conférence de Berlin où sont réunies les puissances européennes

L'impérialisme des nations européennes est rendu visible à travers la question coloniale. Depuis la conférence de Berlin de 1885, qui avait permis le partage de l'Afrique entre les grandes puissances européennes, les différends coloniaux ne vont cesser de s'accroître, entretenant par là même les tensions entre les métropoles. Tensions d'abord entre Français et Anglais en Égypte et, surtout, au Soudan avec la Crise de Fachoda en 1898 puis tensions entre la France et l'Italie sur la Tunisie en 1881, qui vont entraîner l'adhésion de l'Italie à la Triplice. Tensions entre l'Angleterre et la Russie en Afghanistan et en Mandchourie. Les tensions entre la France et l'Allemagne apparaissent dès 1905 au Maroc. Depuis 1871, l'Allemagne unifiée a rattrapé, en quelques décennies, son retard économique sur le reste de l'Europe occidentale en se dotant par exemple d’une industrie très concentrée[4]. L'Allemagne regarde donc outre-mer et vers l’Afrique où elle espère trouver des matières premières à bon marché ou même fonder des comptoirs pour écouler ses produits manufacturés[5]. Cependant, la France et l'Angleterre se sont depuis longtemps partagées l'Afrique et l'Asie. L'Allemagne, sauf en de rares endroits comme au Cameroun, Namibie, Tanzanie, Togo ne peut obtenir de zones d’influence dans les colonies. Aussi ressent-elle comme une injustice que son industrie de plus en plus compétitive se heurte à la crainte ou à l’égoïsme des autres puissances européennes[6]. Ne disposant pas de colonies de peuplement, Guillaume II souhaite prendre pied au Maroc au nom de la Weltpolitik. Les deux crises, en 1905 avec le Coup de Tanger et en 1911 avec le Coup d'Agadir, qui l’opposent à la France conduisent à une multiplication des incidents diplomatiques. Pour l'historien allemand Fritz Fischer, cette situation est l’une des principales causes du déclenchement du conflit.

Les inquiétudes sont aussi d'ordre économique. Même si chaque pays développe son économie, la rivalité économique entre l'Allemagne et la France s'accroît à partir de 1912[7]. La grande puissance industrielle allemande inquiète les États européens, car les produits allemands inondent les marchés français et britanniques[8]. Cette rivalité économique « (a) contribué à alourdir le climat général entre les deux États et, par là même, à faciliter la rupture[9] ». Quant aux Allemands, ils s’inquiètent de la croissance économique et démographique de la puissance russe qui les amène à penser qu’ils seraient incapables de lui résister dans quelques années ; de telle sorte qu’ils ont peut-être intérêt à provoquer un conflit avant qu’il ne soit trop tard[10].

L’antagonisme franco-allemand puise également sa force dans l’idée de revanche et le retour à la mère patrie des provinces perdues d'Alsace-Lorraine[11] où la résistance à l'Allemagne est forte[12]. L'antagonisme se nourrit aussi de la crainte qu’éprouvent les Français devant la poussée démographique de l’Allemagne alors que la France connait un déclin démographique durable[13]. Enfin, l’empereur Guillaume II est très influencé par le milieu des officiers prussiens[14], garant de la solidité de l’empire, tout auréolé de ses succès du milieu du XIXe siècle et qui a forgé l’unité allemande face à l’Autriche et à la France. Pour l’empereur, la guerre, un conflit localisé dans les Balkans notamment, peut être une solution pour résoudre les problèmes territoriaux.

Les ambitions territoriales en Europe

Icône de détail Articles détaillés : Guerres des Balkans et Crise bosnienne.
Carte des Balkans en 1913

Les Balkans, soustraits de l’Empire ottoman, sont en effet l’objet de rivalités entre les grandes puissances européennes[15]. En 1878, suite à une révolte des Bulgares et à une intervention des Russes puis des Autrichiens, la partie nord de Balkans est détachée de l’Empire ottoman. La rivalité entre Russes et Autrichiens dans les Balkans s’accentue[16]. En 1912 et 1913, deux guerres affectent la région : la première est tournée contre la Turquie qui perd tous ces territoires en Europe à l’exception de la Thrace orientale ; la seconde est un conflit entre la Bulgarie et les autres pays balkaniques. Elle se traduit par la création, sous la pression autrichienne, d’une Albanie indépendante qui empêche la Serbie d’avoir une façade maritime.

L’Empire ottoman, déjà très affaibli, est ébranlé par la révolution des Jeunes-Turcs en 1908. L’Autriche-Hongrie en profite pour mettre la main sur la Bosnie voisine. L’Autriche-Hongrie désire continuer son expansion dans la vallée du Danube, jusqu’à la mer Noire, ou, du moins, maintenir le statu quo hérité du traité de San Stefano. L’instabilité chronique de la région attise en effet l’impérialisme des grandes puissances européennes, ainsi que leur désir d’étendre leurs zones d’influence respectives. Depuis longtemps, la Russie nourrit des ambitions face à l’Empire ottoman : posséder un accès à une mer chaude (mer Méditerranée). Cette politique passe par le contrôle des détroits. Dans les Balkans, elle trouve un allié de poids en la personne de la Serbie, qui a l’ambition d’unifier les Slaves du sud. Le nationalisme serbe se teinte donc d’une volonté impérialiste, le panserbisme. Et il rejoint le panslavisme russe, récoltant l’appui du Tsar à ces mêmes Slaves du sud.

Les puissances centrales ont également des ambitions dans la région : l’Autriche-Hongrie annexe la Bosnie et l’Allemagne a des intérêts dans l’Empire ottoman[17]. Dans l’empire austro-hongrois, où pas moins de quarante peuples cohabitent, les velléités séparatistes sont nombreuses. Les aspirations de peuples nées des bouleversements dus à la Révolution française mettent directement en péril la suprématie autrichienne sur les peuples inféodés suite à des siècles d’histoire. Il en va de même pour l'Empire russe où les Polonais sont par exemple privés d’État souverain et se trouvent partagés entre les empires russe, allemand et austro-hongrois.

L’Italie, unifiée depuis 1860, a donné à la France, à la suite de la victoire de la France sur l’Autriche, la Savoie et le comté de Nice. Malgré un fort courant pacifiste, l’Italie veut prendre au voisin autrichien, avec lequel elle a un vieux contentieux, des territoires qu’elle considère comme italiens, les Terres irrédentes, car majoritairement italophones[18]. Elle désire s’étendre en Dalmatie où l’on parle majoritairement italien et contrôler la mer Adriatique, à l’instar de ce qu'a fait la République de Venise, et ce d’autant plus que ses tentatives de conquête d’un empire colonial africain ont échoué après la débâcle d’Adoua en Abyssinie en 1896. Seule une partie du Tigré a été rattachée à l’Érythrée déjà italienne, ainsi que la Somalie. La Libye est devenue colonie italienne en 1911 à la suite de la guerre italo-turque.

Les systèmes d’alliances

Les systèmes d’alliances

De vastes systèmes d’alliances se sont créés à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Deux grands systèmes d'alliances se dessinent. La Triplice est la plus ancienne. Elle est l’œuvre du chancelier prussien Otto von Bismarck[19]. Conscient de l’hostilité française depuis l’annexion de l’Alsace-Lorraine, Bismarck cherche, sur le plan diplomatique à isoler la France de la IIIe République pour l’empêcher de nouer une alliance contre le Reich. En 1879, sous son impulsion, un premier rapprochement a lieu entre l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie. En 1881, l’Italie demande son intégration dans l’association germano-autrichienne par opposition à la France qui a pris pied en Tunisie, territoire que l’Italie revendiquait. Le 20 mai, un accord tripartite voit donc le jour : la Triplice ou Triple-Alliance. Mais l’Italie n’est pas une alliée sûre. Elle revendique en effet le Trentin et l’Istrie, les terres irrédentes sous domination autrichienne. Le traité est cependant sans cesse renouvelé même si l’attitude de l’Italie devient de plus en plus ambiguë, en particulier avec la signature d’un accord secret de neutralité avec la France en 1902[19]. La démarche diplomatique française vis-à-vis du royaume transalpin a l’avantage d’éviter à la France de devoir combattre sur deux fronts. En 1914, l’Allemagne peut aussi compter sur la sympathie de la Turquie[19]. La menace russe pour prendre le contrôle des détroits se précise. En effet, l’Angleterre qui, jadis, protégeait l’Empire ottoman, est maintenant alliée à la Russie. Pour la Turquie, seul un rapprochement avec l’Allemagne de Guillaume II peut la sortir de son isolement. L’Allemagne, qui n’a guère de colonies, a accompli une œuvre de propagande en se présentant comme la protectrice des nations d’outre-mer et comme la garante de leur indépendance. Elle a ainsi pu trouver des sympathies auprès des peuples colonisés dans tout le bassin de la Méditerranée, du Caucase à Marrakech.

La France finit cependant par sortir de son isolement. Le 27 août 1891, une convention militaire secrète est signée entre la France et la Russie après le lancement du premier emprunt russe sur la place de Paris[20]. Ce choix diplomatique contre-nature est dicté par les impératifs de la politique internationale. Cet accord est officialisé le 27 décembre 1893. L’alliance franco-russe est renforcée en 1912 et prévoit une alliance défensive entre les deux pays. La France bénéficie ainsi d’un allié de poids, notamment sur le plan démographique et stratégique, avec la possibilité d’un deuxième front à l’est de l’Allemagne, ou d’un front en Inde en cas de guerre avec l’Angleterre, tandis que l’empire tsariste peut moderniser l’économie et l’armée du pays grâce aux capitaux français. Après l’incident de Fachoda en 1898 entre Français et Anglais, les deux États ont réglé leurs différends coloniaux. En 1904, inquiet des progrès économiques et commerciaux de l’Empire allemand et de la puissance acquise sur mer par la flotte allemande, le Royaume-Uni accepte enfin de sortir de son isolement. Théophile Delcassé, alors ministre des Affaires étrangères, réussit le rapprochement franco-anglais avec la signature de l’Entente cordiale en 1904[21]. Celle-ci n’est pas un traité d’alliance liant les deux pays, mais leur destin est de plus en plus imbriqué. Enfin, en 1907, à l’instigation de la France, le Royaume-Uni et la Russie règlent leurs contentieux en Asie en délimitant leurs zones d’influences respectives en Perse, en Afghanistan et en Chine. Ainsi naît la Triple-Entente.

Stratégies et course aux armements

Icône de détail Article détaillé : Culte de l'offensive.
Plans de bataille des États-majors allemand et français

Sur le plan stratégique, la Triple-Entente oblige le haut état-major allemand à élaborer un nouveau plan militaire entre 1898 et 1905. Contrainte de combattre sur deux fronts en cas de guerre, l’Allemagne choisit en conséquence de faire porter tous ses efforts sur une rapide victoire à l’ouest. La crainte d'un encerclement est le cauchemar de l'Allemagne[22]. Le plan Schlieffen (du nom du chef d’état-major allemand de 1891 à 1907) prévoit donc de mener une guerre éclair sur le front de l’Ouest, en France et en Belgique, alors qu’une petite partie des troupes allemandes et la totalité des troupes austro-hongroise garderaient le front de l’Est, qui ne serait pas directement menacé par la Russie à cause de la lenteur de la mobilisation. Avec ce plan, l’Allemagne pense défaire la France en six semaines[23]. Mais il oblige les troupes allemandes à pénétrer en Belgique en violant sa neutralité afin de prendre les troupes françaises à revers dans un mouvement rapide, puis faire volte-face pour les encercler et les écraser. Une fois la victoire obtenue, les armées allemandes devaient se grouper sur la Russie et les anéantir. Ce plan élaboré oblige cependant l’Allemagne de Guillaume II à prendre l’initiative des opérations militaires.

De son côté, la France met sur pied à partir de 1913 le plan XVII[24] qui, respectant la neutralité belge, prévoit d’attaquer l’Allemagne par la Lorraine sur un terrain moins favorable que les plaines de Flandre. Enfin, les Britanniques sous l'impulsion de Henry Hughes Wilson, Directeur des Opérations militaires au Ministère de la Guerre, adoptèrent un plan de débarquement du Corps expéditionnaire britannique (British Expeditionary Force ou BEF) en France en cas d'attaque allemande. L'État-major de la Royal Navy s'opposait à cette idée, car cela serait trop long à mettre en œuvre; les allemands seraient à mi-chemin de Paris le temps d'agir. En plus, les quatre à six divisions que les britanniques seraient susceptibles de mettre sur pied auraient peu de poids dans une guerre ou chaque camp alignaient entre 70 et 80 divisions. Ils préféraient garder l'Armée au pays, pour être débarquée à Anvers ou sur la côte allemande, lorsque cela serait opportun. Les arguments de Wilson, expliquant que la grande qualité des soldats britanniques et leur utilisation pour renforcer le flanc gauche des français pour s'opposer à la puissante aile droite des allemands suivant le Plan Schlieffen aurait un effet hors de proportion avec les effectifs impliqués, convainquirent le gouvernement.

Dans les deux camps, la course aux armements s’accélère et on assiste à une surenchère dans la préparation de la guerre. Les dépenses consacrées aux armées s’envolent. Les fortifications frontalières (du moins à la fin du XIXe siècle), l’artillerie (le fameux canon de 75 de l’armée française), les flottes de guerre (le Dreadnought britannique) absorbent une bonne partie des crédits militaires. Le matériel est modernisé et la durée du service militaire allongée dans plusieurs pays : en France, la durée du service militaire passe à 3 ans en août 1913[25] pour pallier (dans une certaine mesure) l’infériorité numérique de la France face à l’Allemagne. En effet, si, en 1870, les deux pays avaient une population quasi-identique, en 1914 l’Allemagne a vu sa population croître de trois quarts pour s’établir à 67 millions en 1914[26], tandis que la France a à peine comblé la perte de l’Alsace-Lorraine, étant peuplée d'environ 40 millions d’habitants[27].

L'Attentat de Sarajevo

Icône de détail Article détaillé : Attentat de Sarajevo.
Arrestation de Gavrilo Princip

Le détonateur du processus diplomatique aboutissant à la guerre est le double assassinat de l’archiduc François-Ferdinand, héritier du trône d’Autriche-Hongrie, et de son épouse morganatique Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg, à Sarajevo le 28 juin 1914 par un étudiant nationaliste serbe de Bosnie, Gavrilo Princip[28]. Les autorités autrichiennes soupçonnent immédiatement la Serbie voisine d’être à l’origine du crime. Le 5 juillet, l’Allemagne assure l’Autriche-Hongrie de son soutien et lui conseille la fermeté. Il semble au haut commandement allemand que jamais les chances d’un succès contre la Serbie, la Russie et la France ne seraient aussi favorables. Berlin pense que, manquant d’artillerie lourde, la France retiendra la Russie. Il y a risque de guerre, mais il semble limité. C’est la politique dite « du risque calculé » définie par le chancelier Bethmann-Hollweg. L’Autriche, quant à elle, compte profiter de l’occasion pour éliminer la Serbie en tant que puissance dans les Balkans[29].

L’entrée en guerre

Crise de Juillet

Le 23 juillet, l’Autriche-Hongrie adresse un ultimatum en dix points à la Serbie dans lequel elle exige que les autorités autrichiennes puissent enquêter en Serbie[30]. Le lendemain, à l’issue du Conseil des ministres tenu sous la présidence du tsar à Krasnoïe-Sélo, la Russie ordonne la mobilisation générale pour les régions militaires d’Odessa, Kiev, Kazan, Moscou, ainsi que pour les flottes de la Baltique et de la mer Noire. Elle demande en outre aux autres régions de hâter les préparatifs de mobilisation générale[31]. La Serbie décrète la mobilisation générale le 25 et, au soir, déclare accepter tous les termes de l’ultimatum, hormis celui réclamant que des enquêteurs autrichiens se rendent en Serbie[30]. Au même moment, l’Autriche rompt ses relations diplomatiques avec la Serbie. Le lendemain, l’Autriche ordonne une mobilisation partielle contre la Serbie pour le 28, jour où elle déclare la guerre à la Serbie.

Guillaume II déclare l'état de guerre le 31 juillet

Le 29 juillet, la Russie déclare unilatéralement - en dehors de la concertation prévue par les accords militaires franco-russes - la mobilisation partielle contre l’Autriche-Hongrie[32]. Le chancelier Bethmann-Hollweg se laisse alors jusqu’au 31 pour une réponse appropriée. Le 30, la Russie ordonne la mobilisation générale contre l’Allemagne. Le lendemain, l’Allemagne proclame « l’état de danger de guerre ». C’est aussi la mobilisation générale en Autriche pour le 4 août. En effet, le Kaiser Guillaume II demande à son cousin le Tsar Nicolas II de suspendre la mobilisation générale russe. Devant son refus, l’Allemagne adresse un ultimatum exigeant l’arrêt de sa mobilisation et l’engagement de ne pas soutenir la Serbie. Un autre est adressé à la France, lui demandant de ne pas soutenir la Russie si cette dernière venait à prendre la défense de la Serbie. En France, Jean Jaurès, à la veille de dénoncer les manœuvres qu’il perçoit comme bellicistes du gouvernement Viviani, est assassiné à Paris par Raoul Villain le 31 juillet.

Le 1er août, à la suite de la réponse russe, l’Allemagne mobilise et déclare la guerre à la Russie. En France, le gouvernement décrète la mobilisation générale le même jour, à 16 h[33]. Le lendemain, l’Allemagne envahit le Luxembourg, pourtant neutre et adresse un ultimatum à la Belgique, elle aussi neutre, pour réclamer le libre passage de ses troupes[34]. L’Italie déclare qu’elle reste neutre. Au même moment, l’Allemagne et l’Empire ottoman signent une alliance contre la Russie. Le 3 août, la Belgique rejette l’ultimatum allemand. L’Allemagne, qui entend prendre l’initiative militaire selon le plan Schlieffen, déclare la guerre à la France qui, à l'ultimatum allemand, avait répondu que « la France agirait conformément à ses intérêts »[35]. L'Allemagne déclare ensuite la guerre à la Belgique[36].

L’Angleterre déclare qu’elle garantit la neutralité de la Belgique. Le lendemain, les armées allemandes pénètrent en Belgique. Le Royaume-Uni adresse un ultimatum à l’Allemagne, lui demandant de retirer ses troupes de Belgique. Le gouvernement de Londres ne reçoit aucune réponse, et déclare donc la guerre à l’Allemagne. Le Canada, l’Australie, l’Inde, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du Sud entrent automatiquement en guerre contre l’Allemagne. Le 6 août, l’Autriche-Hongrie déclare la guerre à la Russie aux côtés de l’Allemagne. Le 11, La France déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie, suivie par l’Angleterre le 13. Enfin, le 23 août, le Japon déclare la guerre à l’Allemagne.

Forces en présence

Carte des forces en présence, en noir les Empires centraux (Triplice), en bleu les Alliés (Entente) et en gris les États neutres

Les deux camps sont équilibrés. L'Alliance et l'Entente possèdent des effectifs pratiquement identiques. En 1918, la guerre concerne la plupart des pays du monde.

La France, malgré une population d’environ 39 millions d’habitants, peut disposer immédiatement de près de 800 000 soldats d’active depuis l’adoption de la loi qui fixe la durée du service militaire à trois ans[37]. La mobilisation, terminée vers le 15 août, complète les effectifs. Les uniformes portés par les soldats français ressemblent singulièrement à ceux portés lors de la guerre de 1870 avec le fameux pantalon garance. Il est porté non seulement par tradition, mais aussi pour être vu de loin par l’artillerie, et donc pour éviter les pertes par tirs amis. En effet, la doctrine française de l’offensive s’appuyait sur le canon à tir rapide de 75, devant accompagner l’infanterie pour réduire les troupes adverses avant l’assaut. Il faut attendre 1915 pour que soit distribué l'uniforme bleu horizon[38].

Au début des hostilités, le Corps expéditionnaire britannique (British Expeditionary Force, BEF) n’est encore qu’en petit nombre, environ 70 000 hommes[39], et ne joue qu’un rôle mineur dans le déroulement des opérations. Il est essentiellement composé de soldats professionnels bien entraînés, bien équipés et expérimentés. L’Angleterre peut également s’appuyer sur les millions de soldats venus de ses colonies (Indes, Kenya, Nigeria, etc.), et surtout des dominions : Canada, Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et Terre-Neuve.

Les armées russes sont énormes, et la France compte beaucoup sur elles pour diviser l’armée allemande ; mais ce nombre impressionnant de soldats (1 300 000 soldats d'active et 4 000 000 de réservistes[40]) masque le fait qu’il ne s’agit le plus souvent que de paysans sans aucune formation militaire, mal armés et mal équipés. Le commandement russe se révèle lui-même médiocre.

L’Allemagne est bien plus peuplée, 67 millions d’habitants, mais elle doit réserver une partie de ses forces au front de l’Est. La moyenne d’âge des soldats allemands est également inférieure à celle des Français. Au début de la guerre, l’Allemagne, contrairement à la France, n’a pas rappelé les classes d’âge élevé et dispose encore d’importantes réserves humaines : 870 000 hommes[41]. L’équipement du soldat allemand est généralement meilleur que celui du soldat français. En dehors de certains anachronismes comme le casque à pointe, il tient généralement compte de l’expérience acquise dans les conflits de la fin du XIXe siècle et du début du XXe.

La guerre du droit

Icône de détail Articles détaillés : Union sacrée (mouvement) et Burgfrieden.
Mobilisation des soldats bavarois

Lorsque la mobilisation est décrétée en France le 1er août 1914, elle trouve une opinion marquée par la stupeur et la consternation, notamment dans le monde rural en pleine moisson[42]. L’idée d’une revanche contre l’Allemagne pour reprendre les provinces perdues s’est éloignée peu à peu des jeunes générations. Duroselle qualifie d'ailleurs l'hypothèse d'une guerre de revanche comme absurde[43]. Les mobilisés font pourtant preuve d’une véritable résolution devant cette guerre à entreprendre, la France fait figure d'agressée par l’Allemagne. Le patriotisme des combattants est donc un patriotisme défensif[44]. De plus, beaucoup pensent que la guerre sera courte. Même si les moments d’enthousiasme sont une réalité, notamment à l’occasion du rassemblement des mobilisés dans les gares, on est loin de l’image d'Épinal d’un pays partant « la fleur au fusil » pour reconquérir au nom de la « revanche » les provinces d’Alsace –Lorraine perdues lors de la guerre de 1870-1871. Les Français ne sont pas moins décidés à se battre, comme en témoigne le nombre dérisoire de déserteurs, 1,5 % des mobilisés[45], et convaincus dans leur immense majorité de la légitimité de leur cause.

En Allemagne et au Royaume-Uni se manifeste aussi un patriotisme sans faille[46]. Par contre, en Autriche-Hongrie, les Slaves ne veulent pas se battre pour un empereur qui les opprime. De même, en Russie, une opposition à la guerre se développe dans les milieux libéraux et révolutionnaires. Les socialistes russes sont divisés entre le ralliement à l’Union Sacrée, l’internationalisme, et le défaitisme. Le président français Raymond Poincaré appelle à l’Union Sacrée[47]. La Chambre et le Sénat votent les crédits de guerre à l’unanimité. Il en va de même au Reichstag où les députés sociaux-démocrates votent aussi par 78 contre 14 les crédits de guerre[48] malgré leurs engagements contre la course aux armements. Au même moment, l’Union Sacrée se forme en Russie : la Douma vote des crédits de guerre.

Volontaires britanniques en août 1914

Comme les armées commencent à s’affronter, les belligérants se lancent dans une lutte médiatique au moyen de publications sélectivement documentées, exhibant essentiellement des échanges diplomatiques. Le Livre Blanc de l'Allemagne en contient ainsi trente-six. Le Livre Jaune français, achevé après trois mois de travail, en regroupe 164. Ils mesurent l’effort consenti par les gouvernements respectifs pour convaincre les opinions publiques et les peuples du bien-fondé de leurs actions. Ouvrages de propagande, ils présentent tous des aménagements qui trahissent les objectifs recherchés. Dans le Livre Blanc, des coupures éliminent ainsi tout ce qui pourrait bénéficier à la position russe[49]. Le Livre Jaune représente une vaste « collection de falsifications »[50] visant à dissimuler l’appui inconditionnel accordé à la Russie, lui garantissant un second front, et à prouver que cette dernière a été contrainte à la mobilisation générale par celle de l’Autriche-Hongrie. Il fournit la base sur laquelle le gouvernement français s’est appuyé pour formuler l’article 231 du traité de Versailles qui affirme l’exclusive responsabilité de l’Allemagne et de ses alliés.

Les buts de guerre

Réfugiés belges. Pour la Grande-Bretagne, la réinstallation de la Belgique dans ses droits est un but de guerre

La formulation des buts de guerre est délicate pour la plupart des États belligérants. Beaucoup considèrent cela comme dangereux et inutile car la proclamation de buts de guerre concrets pourrait entraîner des obligations que l'on préfèrerait éviter. Ne pas atteindre les buts de guerre annoncés publiquement pourrait en effet être perçu par la suite comme une défaite. On ne parle dans la première phase de la guerre des buts de guerre uniquement de manière générale et cela jusqu'en 1917[51] et l'on se consacre plus volontiers à rallier l'opinion publique à l'idée de victoire. Des buts de guerre détaillés sont secondaires, ne compte que le caractère héroïque de la guerre. D'un autre côté, les aspirations d'expansion exprimées publiquement ont une influence négative sur la position des États neutres. Par la suite, la formulation publique des buts de guerre se révèle souvent nécessaire pour analyser s'il est toujours la peine de combattre pour telle ou telle ambition[52]. Tout comme les Alliés, les Empires centraux utilisent les buts de guerre pour encourager leur population, leurs alliés ou les pays neutres ou les brandissent pour menacer et ainsi décourager leurs ennemis[53]. La politique des buts de guerre de chaque camp comporte également un aspect économique : occuper ou exercer une influence dans les secteurs commerciaux pour ses propres exportations d'une part et obtenir de nouvelles sources de matières premières d'autre part.

Les opérations militaires

La guerre de mouvement en 1914

Le front Ouest et la « Course à la Mer »

Icône de détail Article détaillé : Course à la mer.
Albert Ier

Le chef d’état-major allemand Helmut von Moltke applique le plan Schlieffen. Le 4 août, l’Allemagne envahit la Belgique et le Luxembourg. L’attaque éclair en Belgique au début du mois d’août rencontre une résistance acharnée autour de Liège. Les Allemands pénètrent en Belgique près d’Aix-la-Chapelle. Le roi Albert Ier lance un appel à la France et à la Grande-Bretagne. Le 8 août, les troupes françaises entrent à Mulhouse, qui tombe à nouveau aux mains des Allemands deux jours plus tard[54]. La percée en Lorraine, suivant le plan XVII, est un échec pour la France (bataille de Lorraine des 19-20 août) et les IIIe et IVe armées se replient derrière la Meuse. Les Allemands écrasent la résistance belge à Charleroi le 23 et font reculer les forces franco-britanniques rencontrées sur la Sambre. Deux jours plus tard, les troupes allemandes entrent à Bruxelles[55]. Sur toute la ligne de front belge et luxembourgeoise, les Alliés reculent. Le plan Schlieffen se déroule selon les prévisions.

Les Britanniques, dirigés par le général French, et les Français se replient précipitamment, mais en ordre, sur la Marne. Ils sont poursuivis par trois armées allemandes qui parviennent à franchir la rivière, mais ne peuvent isoler l’aile gauche franco-britannique. Joffre, général en chef de l’armée française, parvient à opérer un glissement des troupes vers l’ouest pour éviter la manœuvre de débordement et d’encerclement des armées allemandes. L’attaque de la capitale semble imminente : c’est pourquoi du 29 août-2 septembre, le gouvernement français quitte Paris et s’installe à Bordeaux, laissant la capitale sous le gouvernement militaire du général Gallieni. Le gouvernement civil exige des militaires que la capitale soit défendue et constitue une armée pour défendre Paris[56].

Mais Paris n’est pas le but des Allemands. Aussi pivotent-ils, toujours conformément au plan Schlieffen, en direction du Sud-Est pour encercler les armées françaises. Le 4 septembre, l’armée allemande occupe Reims, mais évite Paris en se dirigeant vers l’est. Le commandement voit là l’occasion d’attaquer les Allemands sur leur flanc. À l’appel de Joffre, l’armée française stoppe sa retraite le 6 septembre, fait demi-tour et repart à l’attaque. Des renforts sont envoyés de Paris grâce à la réquisition des taxis parisiens. C’est la Première bataille de la Marne (6-9 septembre)[57]. Après 4 jours de combats acharnés, les armées allemandes sont stoppées et reculent. Mais la bataille n’est pas décisive. Le haut commandement allemand a été affaibli par des divisions et les erreurs de Helmuth von Moltke. Croyant la victoire acquise à l’ouest, il a prélevé six corps d’armée le 25 août pour parer à une attaque des Russes, qui mobilisent plus vite que prévu pour soulager les Français. L’ensemble des forces allemandes se replie sur l’Aisne puis se fixe le long des Ardennes et de l’Argonne. En raison de l’échec du plan allemand et de la victoire française, Erich von Falkenhayn prend la tête de l’état-major allemand, le 14 septembre, en remplacement de von Moltke. Le 5 octobre, le conflit connaît ses premiers duels aériens près de Reims où un biplace Aviatik allemand est abattu à la carabine par les aviateurs français Frantz et Quénault.

Au nord-ouest du front, le 19 octobre, la « course à la mer » débute entre les armées allemande, française et britannique. Chaque camp cherche à déborder l’autre par le nord. Les Allemands souhaitent atteindre les ports de Dunkerque, de Boulogne et de Calais pour couper les Anglais de leurs bases d’approvisionnement. Mais il échouent à s’emparer des ports français de la Manche, grâce aux inondations provoquées par les Belges dans la région de l’Yser. Les Britanniques avancent jusqu’à Ypres, à l’extrémité sud-ouest de la Belgique. Après avoir pris Anvers le 10 octobre, les Allemands tentent une percée lors de la sanglante bataille des Flandres, en novembre, mais ils se heurtent à la résistance des troupes alliées commandées par Joffre. Le 27 octobre, les Allemands lancent une vaste offensive en Belgique déclenchée au nord, à l’est et au sud d’Ypres.

Le 3 novembre, l’Amirauté fait miner la mer du Nord déclarée « zone de guerre ». Le Royaume-Uni fait confiance en sa marine pour protéger le pays et établir un blocus économique. Il ne possède en effet qu’une armée de métier de 250 000 hommes dispersés à travers le monde dont 60 000 seulement sont prêts à partir pour la France.

En décembre, les armées alliées contre-attaquent sur toute la longueur du front allant de Nieuport à l’ouest jusqu’à Verdun à l’est, mais ne gagnent aucune victoire décisive[58]. La « mêlée des Flandres » marque la fin de la guerre de mouvement et des combats à découvert sur le front occidental, qui se stabilise sur près de 800 km, de la Suisse à la mer du Nord. À la fin de 1914, les deux camps creusent des tranchées.

Le front Est

Troupes russes se rendant au front

Sur le front oriental, suivant les plans des Alliés, le tsar lance l’offensive en Prusse-Orientale le 17 août, plus tôt que prévu par les Allemands. En août, deux armées russes pénètrent en Prusse-Orientale et quatre autres envahissent la province autrichienne de Galicie après les victoires de Lemberg, en août et septembre. Face aux armées autrichiennes mal équipées, les armées russes avancent régulièrement. Elles s’emparent de Lvov (3 septembre) et de la Bucovine et repoussent les Autrichiens dans les Carpates, où le front se stabilise en novembre.

Face aux Allemands, les Russes remportent une victoire à Gumbinnen (19-20 août) sur les forces de la huitième armée allemande, inférieures en nombre. Ceux-ci sont sur le point d’évacuer la région lorsque des renforts commandés par le général Paul von Hindenburg remportent sur les Russes une victoire décisive à la bataille de Tannenberg (27-30 août 1914), confirmée lors de la bataille des lacs Mazures en Prusse-Orientale, le 15 septembre, ce qui oblige les Russes à battre en retraite vers leur frontière[59]. Les Allemands stoppent définitivement les offensives russes en Prusse (fin le 31 août). Le même jour, les Russes écrasent les Autrichiens lors de la bataille de Lemberg qui s’achève le 11 septembre. Le 20 octobre, au cours de la Bataille de la Vistule, les Allemands battent en retraite devant les Russes dans la boucle de la Vistule. Au début du mois de novembre, Hindenburg devient commandant en chef des armées allemandes sur le front Est.

Sur le front Sud-Est, les Autrichiens tentent à trois reprises d’envahir la Serbie, mais ils sont repoussés et subissent une défaite à Cer, le 24 août. Les Serbes reprennent Belgrade le 13 décembre. Et enfin, entre le 29 octobre-20 novembre, les Turcs bombardent les côtes russes de la mer Noire. L’Empire ottoman rejoint les Allemands et les Autrichiens dans la guerre.

Mondialisation du conflit

Déclaration de guerre de l'Empire ottoman

Peu à peu, le conflit se mondialise. Le Japon déclare la guerre à l’Allemagne, le 23 août 1914, en tant qu’allié du Royaume-Uni, mais sa participation au conflit se limite à l’occupation des colonies allemandes de l’océan Pacifique (îles Marshall, Carolines et Mariannes) et des concessions allemandes de Chine (Shandong). Il profite du conflit pour supplanter les grandes puissances européennes en Asie. La Turquie entre en guerre contre les pays de l’Entente le 1er novembre 1914, en tant qu’alliée de l’Allemagne[60]. La motivation principale de la Turquie dans cette guerre est de combattre la Russie tsariste qui cherche à prendre le contrôle des Détroits. L’Italie, bien que membre de la Triplice, déclare la guerre à l’Autriche-Hongrie en mai 1915 après bien des hésitations. En août 1914, elle s’était prudemment déclarée neutre. Sollicitée par les deux camps, elle finit par pencher du côté des pays de l’Entente. En effet, par le traité secret de Londres d’avril 1915, la France et le Royaume-Uni lui promettent qu’une fois la victoire acquise, elle bénéficierait de larges compensations territoriales, à savoir : les terres irrédentistes mais aussi une zone d’influence en Asie Mineure et en Afrique.

La Bulgarie initialement neutre, mais sollicitée par les deux camps, s’engage finalement aux côtés des puissances centrales en octobre 1915, à un moment où celles-ci semblent l’emporter sur le front des Balkans. Pour enlever l'adhésion des bulgares, ces derniers n'avaient pas hésité à leur promettre en cas de victoire, la cession de la Macédoine serbe, la Dobroudja roumaine, ainsi un accès à la Mer adriatique, que Sofia justement revendiquait. Le Portugal entre en guerre aux côtés de l’Entente en mars 1916 pour consolider sa position en Europe et préserver ses colonies, convoitées par l’Allemagne. La Roumanie, bien que liée à la Triple-Alliance, déclare la guerre à l’Allemagne en août 1916, après la contre-offensive russe victorieuse sur le front oriental laissant espérer une défaite de l’Autriche-Hongrie. Elle revendique la Transylvanie hongroise. En 1914, la Grèce reste neutre, puis elle rejoint l’Entente, en déclarant la guerre à la Bulgarie en novembre 1916, puis à l’Allemagne en juin 1917 après l’abdication et l’exil du roi Constantin.

Si on ajoute que les colonies participent à l’effort de guerre des métropoles, on voit que la guerre est vraiment mondiale. Les États-Unis ont déclaré la guerre à l’Allemagne le 6 avril 1917. Cette entrée en guerre, quoique tardive et malgré le retrait russe de la guerre suite à la révolution bolchévique, fut décisive.

L’année 1915

Le front Ouest

L’année 1915 commence avec une innovation technique à l’Ouest. Le 19 janvier, un Zeppelin effectue le premier bombardement aérien de civils au Royaume-Uni ainsi que le 21 mars où ce même dirigeable bombarde Paris. Le 21 janvier, les Russes réalisent une offensive dans les Carpates et 3 jours plus tard, la flotte britannique ressort victorieuse de l’escadre allemande près du Dogger Bank. En février, les premiers avions armés d’une mitrailleuse, les Vickers F.B.5, équipent une escadrille de chasse britannique du Royal Flying Corps. Le gouvernement allemand proclame «zone de guerre» les eaux territoriales britanniques et c’est le début de la guerre sous-marine. Le 1er mars, les Alliés étendent le blocus à la totalité des marchandises allemandes.

Au front, les deux armées adverses sont immobilisées face à face sur une ligne continue de 780 kilomètres, allant de la mer du Nord à la Suisse. Ainsi la guerre devient une guerre de position et de tranchées. Il s’agit en fait d’une guerre d’usure, qui met à l’épreuve tant les forces morales que matérielles des combattants. Pour soulager les Russes, qui doivent faire face à une grande offensive des puissances centrales, les Turcs étant également passés à l’attaque au Caucase, Français et Britanniques lancent assaut sur assaut en Artois, puis en Champagne, le 16 février. Quatre jours plus tard, Reims est bombardée par les Allemands. Enfin, le 16 mars, la bataille de Champagne est terminée : la tentative de percée française est un échec. Ces offensives de 1915 réussissent à bousculer quelque peu les dispositifs allemands au prix de pertes effroyables. Le haut-commandement allié déplore l’insuffisance des moyens d’attaque et particulièrement en artillerie lourde, domaine dans lequel l’Allemagne possède une supériorité incontestable depuis le début de la guerre.

Le 22 avril, une nouvelle arme apparait: les gaz asphyxiants qui sont utilisés à Strenstraate et à Ypres par les Allemands[61]. L’effet est immédiat et foudroyant. Mais jamais les Allemands ni les Alliés, qui l’essaient à leur tour, ne procèdent à une utilisation systématique. Contrôlant mal le mouvement des vents, les uns et les autres avaient peur que les nappes ne se retournent, et les soldats ne sont pas équipés pour occuper les zones infectées. Aussi, l’emploi des gaz ne permit jamais de remporter plus qu’un succès local.

Le 26 avril, le Pacte de Londres entre les membres de l’Entente est signé et l’Italie s’engage à entrer en guerre contre les Empires centraux dans un délai d’un mois. Les Alliés acceptent les revendications du 9 mars. Au bout d'une vive campagne des « interventionnistes » pour l'entrée en guerre de l'Italie, lancée en particulier par le discours du 5 mai 1915 de Gabriele D'Annunzio, Rome entre en guerre le 23 mai. La décision a été prise par trois hommes: le roi d'Italie, Victor-Emmanuel III, le président du Conseil, Antonio Salandra, et le ministre des Affaires étrangères, Sidney Sonnino[62].

Pour la première fois de la guerre, les pays en guerre vont mobiliser toutes leurs ressources, humaines, économiques, financières, dans la conduite d’un conflit total.

L’organisation en armées, corps d’armée, division, brigade, régiment, bataillon, compagnie, section, escouade est relativement similaire dans les deux camps. La dotation et la répartition en matériel et en armes sont pratiquement identiques. Toutefois, la France a privilégié l’offensive et possède une artillerie plus légère fondée, notamment, sur le canon de 75 Modèle 1897, afin de favoriser les mouvements. L’Allemagne possède une artillerie plus lourde et à plus longue portée, favorisée notamment par ses capacités de production et capable de mener des combats plus défensifs. Ces choix ont une importance non négligeable au début de la guerre et la différence n’est comblée qu’au début de 1916.

Les 11 mars et 10 avril, les gouvernements britanniques et français donnent leur accord sur le principe d’une annexion de Constantinople par la Russie[63]. Deux semaines plus tard, le 24 avril, plus de 600 intellectuels arméniens de Constantinople sont arrêtés et déportés par les Jeunes-Turcs, date symboliquement considérée comme marquant le début du génocide arménien.

La guerre à l'est

Le colonel Lawrence, dit Lawrence d’Arabie, fomente pour le compte des Britanniques le soulèvement des tribus arabes pour gêner les Ottomans[64]. Avec l’aide bulgare, les coalisés réussissent à occuper toute la Serbie, contraignant l’armée royale à traverser le pays pour trouver refuge à Corfou.

Troupes britanniques lors du débarquement à Gallipoli

Au lieu de se heurter au gros des troupes ennemies là où elles étaient bien organisées, installées dans un réseau savant de tranchées, l’état-major des Alliés décide de porter ses coups sur des points de défense allemande plus vulnérables auprès de l’allié turc. Le 25 avril 1915, un corps expéditionnaire allié débarque aux Dardanelles[65]. Le contrôle des Détroits permettrait à la France et au Royaume-Uni de ravitailler la Russie et d’encercler les Empires centraux. Cette idée, défendue notamment par le chef de l’Amirauté britannique, Winston Churchill, débouche sur un débarquement à Gallipoli de troupes essentiellement constituées d’Australiens et de Néo-Zélandais. Malgré le courage des soldats de l’ANZAC (Australia and New Zealand Army Corps), les Alliés ne parviennent pas à pénétrer par surprise dans l’Empire ottoman et échouent dans leurs offensives successives. L’entreprise coûte 145 000 hommes aux Alliés et elle est un échec total. Les rescapés sont débarqués à Salonique, au mépris de la neutralité grecque pour aider les Serbes menacés par les puissances centrales. Le corps expéditionnaire constitue l’