Canada


Free Web Hosting with Website Builder
Pour les articles homonymes, voir Canada (homonymie).
Canada (en)
Canada (fr)
{{{{{langue3}}}}}
{{{{{langue4}}}}}
{{{{{langue5}}}}}
{{{nom_français}}} (fr)
Drapeau du Canada Armoiries du Canada
(Détails) (Détails)
Devise nationale : (Latin) A Mari Usque Ad Mare
« D'un océan à l'autre »
Langues officielles Français, Anglais
Capitale Ottawa
45° 24' N, 75° 40' O
Plus grandes villes Toronto, Montréal, Vancouver, Calgary, Ottawa, Edmonton, Québec, Winnipeg, Hamilton.
Forme de l’État
 - Reine
- Gouverneure générale
- Premier ministre
Monarchie constitutionnelle
Élisabeth II
Michaëlle Jean
Stephen Harper
(Parti Conservateur)
Superficie
 - Totale
 - Eau (%)
Classé 2e
9 984 670 km²
8,62%
Population
 - Totale (2008)
 - Densité
Classé 37e
33 223 840 (avril 2008)[1] hab.
3,29 hab./km²
Indépendance
 - AANB
- Statut de Westminster
- Loi de 1982 sur le Canada
Du Royaume-Uni
1er juillet 1867
11 décembre 1931
17 avril 1982
Gentilé Canadien, Canadienne
IDH (2008) 0.961 (élevé) 4e
Monnaie Dollar canadien (CAD)
Fuseau horaire UTC -3,5 à -8
Hymne national Ô Canada
Domaine internet .ca, .gc.ca (gouvernement)
Indicatif
téléphonique
+1

Le Canada, deuxième plus grand pays du monde par sa superficie après la Russie, occupe la majeure partie de l'Amérique du Nord. Il s'étend d'est en ouest de l'océan Atlantique à l'océan Pacifique et vers le nord jusqu'à l'Océan Arctique d'où la devise "D'un océan à l'autre". Le Canada partage deux frontières avec les États-Unis, au sud et au nord-ouest (Alaska). Son nom se prononce [kanada] en français et [ˈkʰænədə] en anglais.

Découvert par l'explorateur français Jacques Cartier en 1534, le Canada prend son origine en tant que colonie française sur le territoire de l'actuelle ville de Québec, fondée par Samuel de Champlain en 1608 dans la vallée du fleuve Saint-Laurent. Le territoire fut d'abord occupé par les peuples autochtones avec qui les Français développèrent des relations diplomatiques. La colonisation française amènera, jusqu'à la Conquête britannique en 1763, 69 000 immigrants français en Amérique du Nord. Après la Conquête, les Britanniques s'approprieront les terres de la Nouvelle-France. Puis, commencera une période de colonisation anglaise et d'asservissement des Canadiens de descendance française et des peuples autochtones. Plus tard, en 1867, les Britanniques créeront le Dominion du Canada, né de l'union de trois colonies britanniques : le Canada-Uni, le Nouveau-Brunswick et la Nouvelle-Écosse. L'Acte de l'Amérique du Nord britannique de 1867, une loi britannique, sera rapatrié au début des années 1980 afin de donner une constitution au Canada. Aujourd'hui, le Canada est un État fédéral de dix provinces et de trois territoires qui chacun ont leurs propres premier ministre et assemblée législative. Le pays a obtenu son indépendance du Royaume-Uni et ce pacifiquement, dans un processus qui s'est étalé de 1867 à 1982.

Le Canada est aujourd'hui une monarchie constitutionnelle à régime parlementaire, se définissant comme une nation bilingue et multiculturelle ; l'anglais et le français sont, à statut égal, les langues officielles. Nation industrialisée et technologiquement avancée, son économie diversifiée repose principalement sur l'abondance de ses ressources naturelles et sur le commerce effectué en grande partie avec les États-Unis, pays avec lequel perdure une relation complexe depuis les temps coloniaux et les débuts du Canada moderne. Le Québec est la seule province qui est fort majoritairement francophone et dont la seule langue officielle est le français alors que le Nouveau-Brunswick est la seule province bilingue socialement et légalement. Quant aux huit autres provinces, aussi appelées « le Canada anglais » par comparaison avec le Canada français, elles sont habitées par une forte majorité anglophone. Le territoire du Yukon est officiellement bilingue (anglais et français). Les Territoires du Nord-Ouest, ainsi que le Nunavut dont il est issu, reconnaissent 11 langues officielles, dont l'anglais, le français et de nombreuses langues inuits.

Sommaire

Origine du nom

Topographie du Canada

Les historiens s’entendent aujourd’hui pour dire que le « pays de Canada » désignait à l’origine l’actuelle ville et région immédiate de Québec.

D’après leurs recherches, le nom « canada » signifie « amas de cabanes » (bourgade ou village iroquoien : agglomération de maisons longues, au toit arrondi, faites de troncs, de branches d’écorces et recouvertes de peaux, pas nécessairement alignées, le tout entouré d’une palissade de pieux) dans la langue parlée au début du XVIe siècle par les Iroquoiens du Saint-Laurent qui hivernaient à Stadaconé (Québec), les premiers Amérindiens que Jacques Cartier aurait rencontrés (c’était à Gaspé, en l’été 1534, leurs quartiers d’été).

À la fin de la Deuxième relation de Jacques Cartier (celle portant sur les années 1535 et 1536), un dictionnaire de la langue « des pays et royaume[s] de Hochelaga et Canada[,] autrement dicte la Nouvelle-France », nous apprend qu’« ilz (sic) appellent une ville canada »[2]. Cette « ville » (bourgade) que, d’après Cartier, ces Iroquoiens nomment canada, c’est évidemment Stadaconé. Les deux établissements que sont Hochelaga et Stadaconé, Cartier les dit chacun « royaume » car ils sont chacun gouvernés par un seul grand chef (tel en France, le roi). L’expression « Nouvelle-France », Verrazano l’utilisait en 1524 (en latin, ) et Cartier l’utilise ici pour désigner l’ensemble des établissements d’hiver allant de Stadaconé (alias Canada) à Hochelaga, inclusivement.

Jacques Cartier est donc le premier à employer le mot Canada, pour désigner un territoire, celui qui correspond aujourd’hui à la ville de Québec et ses régions limitrophes, dont Stadaconé est le principal village. Il appellera dans ses écrits, les Iroquoiens de la région de Québec, les « Canadiens ». Ce n’est qu’à partir du siècle suivant que l’on emploiera le mot Canada pour désigner tout l’espace exploré ou occupé par les Français en Amérique du Nord : Champlain commencera alors par écrire « la Nouvelle-France, vulgairement dite le Canada », ce qui laisse entendre que le nom « Canada », plus court, est déjà assez populaire pour l’emporter bientôt sur l’autre dénomination.

Des livres et des cartes européennes appliquent tôt cette appellation, Canada, au peuplement français établi le long des rives du fleuve Saint-Laurent (principalement sur le territoire du Québec actuel), puis l’appellation Canada est récupérée par les autorités de l’Empire britannique pour désigner la plupart des colonies contigües qu’elle gère en Amérique du nord.

Histoire du Canada

Période précolombienne (avant la fondation)

Histoire géologique

Alors que la Pangée n'est encore qu'un immense territoire, à l'ère paléozoïque, la formation et le développement de la chaîne de montagnes des Appalaches débute dès la période dévonienne, il y a 410 millions d'années. Après la division de la Pangée au début de l'ère mésozoïque, la partie septentrionale de celle-ci, la Laurasie - (Laur)entien + Eur(asie)[3], se divisa en deux lors de la période jurassique. La partie occidentale forma ce qui devint plus tard l'Amérique du Nord et dériva pendant plusieurs millions d'années jusqu'à son emplacement actuel. Puis, la formation des montagnes rocheuses commença il y a 138 millions d'années lors de la période crétacé. C'est à la fin de cette même période que la Terre assista à l'extinction massive des animaux, dont les dinosaures. Les réserves de pétrole commencèrent à se former par la suite surtout en Alberta pour devenir plus tard l'une des principales ressources économiques du Canada. Puis, il faut attendre la fin de la période tertiaire de l'ère cénozoïque il y a 5 millions d'années pour que débute la formation de la calotte polaire recouvrant le Nord du Canada. Vers la fin de cette période, le climat commença à se refroidir ouvrant ainsi la porte à une ère glaciaire et à une migration des mammifères entre continents. Mais ce n'est que pendant la période quaternaire il y a 1.6 million d'années que le climat devint excessivement froid et que les variations du niveau de la mer provoquèrent l'apparition des Grands Lacs, du lac Champlain, du fleuve Saint-Laurent, d'autres grands lacs et ce, en plus du Plateau laurentien. Quant au développement et à la migration de l'humain moderne, ceux-ci ne commencèrent qu'à l'époque holocène il y a 10 000 ans. À cette époque, le climat se réchauffa et devint plus sec, favorisant ainsi la fonte des glaces.[4]

De la Préhistoire aux premières explorations européennes (De 26 500 av. J.-C. à 990 apr. J.-C.)

Icône de détail Article détaillé : Amérindiens au Canada.

Alors que peu de documents attestent de leur présence, des fouilles archéologiques font remonter la présence des peuples autochtones sur le territoire du Canada à plus de 26 500 ans dans le Nord du Yukon et à 9500 ans dans le sud de l'Ontario. Ainsi, certaines régions du territoire actuel du Canada sont habitées par les peuples amérindiens et inuit depuis des temps immémoriaux. Ces peuples autochtones seraient arrivés en Amérique grâce à leur migration par l'isthme de la Béringie entre l'Alaska et la Sibérie orientale.

Tant les Premières nations que les Inuits vivaient essentiellement de la chasse, de la pêche et du piégeage. Chaque peuple était organisé dans des régions spécifiques et possédait ses propres caractéristiques culturelles, toutes liées à la nature. L'animisme était cependant la religion principale de l'ensemble des peuples autochtones.

Alors basés sur l'île de Terre-Neuve, les Béothuks sont la première nation autochtone à entrer en contact avec les Européens venus fouler le sol de l'Amérique. Ils sont à l'origine de l'expression Peaux rouges, laquelle sera par la suite généralisée aux autres nations amérindiennes de l'Amérique du Nord. De par leur isolement des autres peuples autochtones, les Inuits ne seront quant à eux davantage connus qu'à la fin du XIXe siècle et début du XXe siècle lorsque des explorateurs canadiens-français iront à leur rencontre dans le Grand nord. Ils seront alors connus sous le nom d'Eskimos.

D'Ericson à Colomb (De 990 à 1492)

Les premières explorations européennes commencent quant à elles sur les côtes du Labrador et de l'île de Terre-Neuve, lesquelles sont visitées par les Vikings, les Normands et les Basques depuis le 1er millénaire. L'explorateur islandais Leif Ericson serait en fait le premier Européen à visiter l'Est du territoire actuel du Canada (île de Terre-Neuve) aux alentours de l'année 990 après que le navigateur islandais Bjarni Herjólfsson l'a aperçu quelques années auparavant, selon la saga d'Erik le Rouge[5],[6]. Les vestiges du village qu'il érige peuvent être retrouvés à L'Anse aux Meadows sur l'île de Terre-Neuve[7] alors qu'il nomme trois contrées s'étendant de l'île de Baffin à l'île de Terre-Neuve en passant par le Labrador : Helluland, Markland et Vinland.

Par la suite, les Basques viendront pêcher sur les grands bancs de morue au large de l'île de Terre-Neuve pendant près d'un demi-siècle. Ces derniers fondent entre autre la colonie de Plaisance qui s'étendra sur les îles Saint-Pierre-et-Miquelon et laquelle deviendra plus tard un refuge pour les pêcheurs français en plus d'une colonie satellite pour l'Acadie et le Canada[8].

Les débuts de la colonisation moderne (De 1492 à 1534)

L'explorateur portugais João Fernandes Lavrador longe quant à lui le littoral du Labrador actuel (nommé en son honneur) et le cartographie vers 1500 en compagnie de l'explorateur Pêro de Barcelos, mais sans prise de possession des terres[9]. Dans les faits, la carte dessinée est à l'origine du conflit frontalier du Labrador, lequel oppose encore aujourd'hui le Québec à Terre-Neuve-et-Labrador quant au droit de propriété du territoire actuel du Labrador. Alors que le Québec soutient que le territoire du Labrador ne repose que sur une bande d'une largeur d'un mille sur le littoral de la mer du Labrador, la province de Terre-Neuve-et-Labrador considère qu'il s'étend jusqu'à la ligne de partage des eaux (frontière actuelle délimitée par le Comité judiciaire du Conseil privé de Londres en 1927)[10].

À la recherche du Passage du Nord-Ouest, l'explorateur portugais Gaspar Corte-Real visite quant à lui l'île de Terre-Neuve en 1500, mais retourne au Portugal après avoir capturé des esclaves amérindiens[11]. D'autre part, l'explorateur vénitien Giovanni Caboto (Jean Cabot) aurait débarqué à Bonavista (Terre-Neuve) en 1497 pour le compte de l'Angleterre, mais aucune preuve tangible n'existe à cet effet. Ces territoires ne seront cependant intégrés au Canada qu'en 1949 pour former la province actuelle de Terre-Neuve-et-Labrador bien que le territoire du Labrador deviendra possession française et partie intégrante du Canada au XVIIIe siècle.

Le « Canada », proprement dit, se réfère quant à lui à l'origine à un peuplement français situé sur le territoire de la ville actuelle de Québec et, en tant que colonie française, constitue une des provinces de la Nouvelle-France. La colonie est fondée le long des berges du fleuve Saint-Laurent en 1534 lors de la découverte du Québec par Jacques Cartier et du développement de relations diplomatiques avec les Amérindiens de la région, puis il faut attendre Tadoussac en 1600 pour y réussir le premier établissement d'un fort français permanent, origine du village actuel du même nom à l'embouchure de la rivière Saguenay. Les colons français qui peupleront le Canada proviendront principalement des anciennes provinces de France qu'étaient la Bretagne, la Normandie, le Poitou et la Saintonge alors que les filles du Roy et quelques dignitaires arriveront directement d'Île-de-France et d'Orléanais [12].

La Nouvelle-France (1534 - 1760)

L'exploration

De Saint-Malo sur les côtes armoricaines à bord de deux navires, Jacques Cartier et son équipage de 61 hommes se dirigent vers le Nouveau Monde où ils visitent Terre-Neuve, le Golfe du Saint-Laurent, les Îles-de-la-Madeleine ainsi que l'Île-du-Prince-Édouard. Puis finalement, Cartier débarque en 1534 à Gaspé (surnommé le « Berceau du Canada-français »), y plante une croix et prend possession de la terre au nom du roi de France, François 1er. Ainsi, Jacques Cartier devient le deuxième mandataire du roi de France à venir en Amérique suite au voyage de Giovanni da Verrazano en 1524, lequel longe le littoral s'étendant de la Floride à la Nouvelle-Écosse et qui devient le premier à utiliser la dénomination « Nouvelle-France ».

Jacques Cartier, explorateur français, arrive à Gaspé en 1534.

Lors de son second voyage, en 1535, à bord de la Grande Hermine (la Petite Hermine et l'Émérillon complètent ses vaisseaux), Cartier remonte le fleuve d'abord jusqu'à Stadaconé (Québec), où il revoit Donnacona, chef des Iroquoiens du Saint-Laurent (peuple aujourd'hui disparu ou assimilé, que l'on confond souvent à tort avec les Iroquois et les Hurons), qu'il avait déjà rencontré à Gaspé lors de son premier voyage. Il désigne le territoire autour de Stadaconé sous le nom de "pays de Canada" (en gros, Québec et sa région), dénomination qui sera généralisée par la suite à toute la vallée du Saint-Laurent, puis finalement à l'une des colonies de la Nouvelle-France. Puis il remonte le fleuve jusqu'à Hochelaga (aujourd'hui Montréal), arrêté par les rapides de Lachine. Lors de son troisième et dernier voyage en 1541, Jacques Cartier explore les terres du Canada en plus de ses régions avoisinantes, et y fonde Charlesbourg-Royal à l'embouchure de la rivière Cap-Rouge, à l'extrémité ouest du Cap aux Diamants, le village Iroquoien de Québec étant à l'extrémité est de ce Cap.

Bien qu'il ne soit pas encore prouvé que Giovanni Caboto ait débarqué au Canada et à Terra Nova (Terre-Neuve), plusieurs explorateurs français reviennent explorer le Nouveau Monde après le départ de Jacques Cartier, dont Jean-François de La Rocque de Roberval qui en 1542 explore le Royaume de Saguenay et qui fonde France-Roy en l'emplacement de Charlesbourg-Royal laissé vacant. En 1555, Nicolas Durand de Villegagnon tente d'établir une colonie en France Antarctique dans la baie de Rio de Janeiro, mais est rapidement délogé par les Portugais. Puis de 1562 à 1565, les Français huguenots Jean Ribault et René de Goulaine de Laudonnière tentent de coloniser ce qui est aujourd'hui la Caroline du Sud et la Floride, mais sont massacrés par les Espagnols. À la recherche du Passage du Nord-Ouest, Martin Frobisher découvre quant à lui la région arctique de l'île de Baffin, notamment la baie de Frobisher (Iqaluit) en 1576, au nom de l'Angleterre, qui devient plus tard un territoire du Canada. Dans le même dessein, l'Espagne emploie l'explorateur grec Ioannis Phokas en 1592, lequel navigue vers le nord à partir du Mexique actuel et atteint les eaux du détroit de Juan de Fuca (nommé en son honneur en 1788 selon sa dénomination espagnole) situé entre le sud de l'île de Vancouver et le nord-ouest de l'État actuel de Washington. Il arrête cependant son voyage avant d'atteindre le passage Intérieur dans les archipels et les fjords situés à l'ouest de la Colombie-Britannique actuelle.

La colonisation

Entre 1598 et 1603, Henri IV charge Troilus de La Roche de Mesgouez, à titre de lieutenant général des pays de Canada, Terre-Neuve, Labrador et Norembègue, d'établir un nouveau poste de colonisation avec quelques dizaines d'hommes et de femmes en Nouvelle-France. Cette deuxième tentative de colonisation s'effectue sur l'île de Sable (île située au large de la Nouvelle-Écosse actuelle).

Arrivée de Samuel de Champlain sur le futur site de la ville de Québec.

Après de nombreuses tentatives ratées (dont Nouvelle-Angoulême à Long Island et Saint-Augustine en Floride), les Français établissent finalement leur premier comptoir commercial estival à Tadoussac (Québec) en 1600, de par un monopole accordé par le roi à Pierre Chauvin, sieur de Tonnetuit. Puis vient ensuite, par Pierre Dugua de Mons la fondation de Port Royal en 1605, première capitale de l'Acadie, en présence de l'explorateur-cartographe Samuel de Champlain. Ce dernier, déjà venu explorer la Grande Rivière de Canada en 1603, fonde Québec en 1608, mandaté par Pierre Dugua de Mons, « là où le fleuve se rétrécit », selon l'appellation algonquienne, et il en fait la capitale de la Nouvelle-France aussi dite le « Canada ». Québec sera, jusqu'aujourd'hui, le premier lieu habité à l'année de façon continue par des Français et leurs descendants, en Amérique du Nord. Champlain remonte aussi le fleuve en 1615 jusqu'au-delà du Sault Saint-Louis (rapides de Lachine), à la Baie Georgienne (partie ouest du Lac Huron) et navigue sur les eaux de la rivière Richelieu jusqu'à ce qui est aujourd'hui le lac Champlain. Tout au long de son périple en Nouvelle-France, il établit notamment avec les Innus-Montagnais, les Algonquins et les Hurons-Wendats, d'excellentes relations diplomatiques et commerciales, et agit, d'office (non en titre), comme premier gouverneur de la Nouvelle-France.

Cependant, les colons européens apportent de nombreuses maladies qui, par les routes commerciales, se propagent rapidement au sein des populations autochtones, faisant des ravages parmi celles-ci. Les colons français, arrivant souvent très malades dans des bateaux qui ne sont pas très sains, sont sauvés par les remèdes amérindiens. Ainsi, pour soigner le scorbut, les Iroquoiens du Saint-Laurent proposent à Cartier des décoctions d'écorce de cèdre blanc, appelé annedda.

Après son retour de France en 1617, Samuel de Champlain revien[dra] à Québec avec l'apothicaire et laboureur Louis Hébert. Celui-ci (...) [sera] accompagné de sa femme, [de] son fils, [de] ses deux filles et de son beau-frère. L'arrivée de cette famille jette[ra] les bases de la colonie française en Nouvelle-France[13].

Les Récollets, premiers missionnaires catholiques en Nouvelle-France, arrivent en 1615 et se voient offrir une terre aux abords de la rivière Saint-Charles en 1620 pour y fonder un couvent. Bien que l'emplacement est laissé vacant pendant quelques années, les Récollets reviennent en 1670 et se voient rétrocéder le site qu'ils dénommeront Notre-Dame-des-Anges. En 1692, Jean-Baptiste de la Croix de Chevrières, Monseigneur de Saint-Vallier alors évêque de Québec depuis 1685, fait l'acquisition du site et y fonde l'hôpital général de Québec l'année suivante (aujourd'hui, l'hôpital forme une municipalité enclavée et séparée de Québec sous le nom de Notre-Dame-des-Anges).

Dans un but d'évangélisation et d'éducation des Amérindiens, les Jésuites arrivent en Nouvelle-France en 1625. Ils fondent le Collège de Québec en 1635 pour y instruire les garçons français et les Hurons devenus chrétiens. Bien que leur principal but consiste en la conversion religieuse des tribus amérindiennes, il demeure que le rôle des missionnaires en est un de découvertes du territoire grâce à leurs relations avec les Hurons. Cependant, en 1648, les Iroquois, soutenus par les Anglais, attaquent les missions de Saint-Joseph et de Saint-Michel en Huronnie, et y massacrent les pères catholiques, dont Jean de Brébeuf, connus aujourd'hui sous la dénomination des Saints-Martyrs-Canadiens.

Le développement

Afin de diriger la colonie, le roi Louis XIII place le gouverneur de la Nouvelle-France directement sous l'autorité du Cardinal de Richelieu dès son entrée en fonction en tant que principal ministre de l'État en 1624 et jusqu'à sa mort en 1642. Par la suite, la régente Anne d'Autriche nommera le Cardinal Mazarin en 1643 pour lui succéder jusqu'en 1661.

C'est en 1627 qu'est créé le régime seigneurial, principal mode d'administration des terres de la Nouvelle-France. Ce système est inspiré du régime féodal de la France sous lequel le censitaire (ou habitant) est dépendant du seigneur. Fondé par Armand Jean du Plessis, Cardinal de Richelieu, la Compagnie des Cent-Associés dont fait partie Samuel de Champlain, se voit octroyer les droits légaux et seigneuriaux et ce, en plus du droit de distribution des terres. Elle remplace la Compagnie de Montmorency, fondée en 1621, laquelle reprenait le rôle de la première compagnie de marchands de fourrure, la Compagnie des marchands de Rouen, fondée en 1613 par Samuel de Champlain[14] et qui ont toutes deux manqué à leurs obligations de colonisation. C'est ainsi que le territoire de la Nouvelle-France est divisé en seigneuries, chacune faisant face à un cours d'eau, remises aux colons les plus offrants afin d'en exploiter les richesses, lesquelles deviendront des entités économiques essentielles à leur survie. De plus, la Compagnie des Cent-Associés obtiendra le monopole du commerce de la fourrure dans les colonies françaises de l'Amérique du Nord. En 1645, ce monopole de la traite sera transféré à la Compagnie des Habitants (à l’exception de l’Acadie)[15]. Autre changement important pendant l'année 1627 : la Compagnie des Cent-Associés introduit la Coutume de Paris qui, en 1664, devient obligatoire en vertu de l'édit royal créant la Compagnie des Indes occidentales. Cet unique code de loi vient ainsi uniformiser les rapports entre les citoyens à la grandeur de la colonie, notamment dans les affaires commerciales et civiles[16].

À la première conquête de 1629, la Nouvelle-France passe sous domination britannique lorsque le marchand Sir David Kirke, en compagnie de ses frères, prend possession du fort et château Saint-Louis après l'assaut sur la ville de Québec où il somme Samuel de Champlain à la capitulation. Ce dernier est emmené de force en Grande-Bretagne pour négocier les termes de la cession des territoires français en Amérique. Cependant, après une période de tergiversation de trois ans, celui-ci est libéré, et l'Angleterre restitue la Nouvelle-France à la France en 1632 lors de la signature du traité de Saint-Germain-en-Laye. À son retour en 1633, Samuel de Champlain fait construire l'église Notre-Dame-de-Recouvrance (sur le site de Place-Royale dans la basse-ville de Québec) et la nomme ainsi pour souligner le fait que la France (...) [vient] de recouvrer sa colonie[17].

En 1634, la ville de Trois-Rivières est fondée par un certain Laviolette (dont nous ne savons rien d'autre, sinon qu'il est un émissaire de Samuel Champlain), sur la rive nord du fleuve au confluent des trois chenaux dessinés par la rivière Saint-Maurice, à mi-chemin entre Québec et le futur site de Montréal. Ce site était, depuis le début du siècle, un endroit stratégique pour la traite des fourrures, avec développement vers le nord-ouest. Et c'est en 1639 que les premières religieuses de la congrégation des Ursulines s'établissent en Nouvelle-France dans la région de Québec, pour y fonder la première école pour filles en Amérique du Nord. En 1697, elles s'établiront à Trois-Rivières et, avec l'aide de l'évêque de Québec, achèteront du gouverneur de Trois-Rivières Claude de Ramezay, une maison dans laquelle elles auront pour mission d'ouvrir une école et un hôpital.

Lors de l'élargissement des frontières en terrains vacants et du développement de relations diplomatiques avec les Algonquiens, les Français sont aux prises avec la menace des offensives britanniques et iroquoises. C'est donc dans le but de protéger les colons que Ville-Marie (Montréal), fondée en 1642 par Paul de Chomedey de Maisonneuve est érigée sur une île au pied du Mont Royal. Et c'est en cette même année que Jeanne Mance fonde l'hôpital de Ville-Marie, premier Hôtel-Dieu. Bien que relevant de l'état laïc, elle est toujours secondée par les Soeurs hospitalières de Saint-Joseph. En 1653, Sieur de Maisonneuve invite Marguerite Bourgeoys à s'installer à Ville-Marie pour y devenir institutrice. Elle fait construire en cette même année la chapelle Notre-Dame-de-Bon-Secours (dans le Vieux-Montréal actuel) et fondera la congrégation Notre-Dame en 1659.

Après les massacres des Jésuites, Charles le Moyne de Longueuil et Pierre Picoté de Belestre entreprennent, à partir de 1648, une série d'expéditions diplomatiques en pays iroquois, lesquelles mèneront à l'expédition menée par le gouverneur Daniel de Rémy de Courcelles en 1666 et qui met définitivement fin à la menace iroquoise. Cependant, alors que les attaques iroquoises et anglaises s'intensifient et deviennent de plus en plus imminentes au cours de ces années, plusieurs Français se dévouent à la défense de la colonie et s'élèvent au rang des héros de la Nouvelle-France. Le plus connu sera sans doute Adam Dollard des Ormeaux, Sieur des Ormeaux et commandant de la garnison du Fort de Ville-Marie, qui se rend en 1660, lors de la bataille de Long Sault[18], avec une équipe de jeunes soldats au Fort du Sault de la Chaudière sur la rivière des Outaouais, afin de défendre la Nouvelle-France contre l'invasion iroquoise. Bien qu'il mourra au combat, il sera néanmoins reconnu pour avoir repoussé l'invasion. Son nom est encore aujourd'hui bien ancré dans l'imaginaire des francophones du Québec et de l'Ontario qui le célèbrent chaque année avec un jour férié au mois de mai. Puis une jeune femme de 14 ans du nom de Marie-Madeleine Jarret de Verchères défend, en 1692 pendant huit jours, le fort de Verchères grâce à un mouvement de va-et-vient et des habits de soldats tout en faisant croire aux assaillants que le fort est rempli d'hommes alors qu'un seul soldat y veille.

Entre 1654 et 1656, le coureur des bois Médard Chouart des Groseilliers élargit les limites de la Nouvelle-France en explorant les territoires de ce qui est aujourd'hui le nord de l'Ontario en plus de ceux du pourtour de la baie d'Hudson et devient un des premiers Européens à atteindre le lac Supérieur. Il y retourne en 1659 avec Pierre-Esprit Radisson afin d'y exploiter le commerce de la fourrure. Cependant, à leur retour en 1660, ils sont réprimandés par le gouverneur Pierre de Voyer d'Argenson, vicomte de Mouzay pour commerce illégal.

Comme la très grande majorité des familles pionnières du Canada, lesquelles s’établissent notamment à l’Île d’Orléans, Charles Aubert de La Chesnaye arrive en Nouvelle-France au courant des années 1650. À partir de ce moment, il développera l'activité économique de la colonie, notamment en devenant le premier homme d'affaires du Canada et ce, en créant plusieurs commerces et en acquérant les droits de propriété de compagnies de traite de fourrures, mais aussi en devenant l'un des plus grands seigneurs et propriétaires terriens du Canada. En 1682, il créera la Compagnie de la Baie du Nord, laquelle obtiendra le monopole du commerce de la fourrure dans la colonie de la Baie du Nord (Baie d'Hudson) jusqu'en 1700[19], année à laquelle elle sera dissoute et remplacée par la Compagnie de la Colonie[20].

Peu après les débuts de la construction de la basilique Sainte-Anne-de-Beaupré en 1661, Monseigneur François de Montmorency-Laval, gouverneur intérimaire de la Nouvelle-France à deux occasions, devient le premier évêque de Québec en fondant le Séminaire de Québec en 1663, à l'origine de la première université du Canada et la plus ancienne université francophone en Amérique, l'Université Laval. Et c'est en 1672 que l'on verra les débuts de la construction de la basilique Notre-Dame de Montréal grâce aux prêtres de Saint-Sulpice. Bien que le diocèse de Québec n'est créé qu'en 1674, le vicariat apostolique de la Nouvelle-France est créé en 1658 afin d'étudier le terrain pour l'instauration officielle d'une administration catholique au Canada. L'Église catholique jouera un rôle politique important où l'évêque de Québec sera responsable au sein du gouvernement des domaines touchant à la foi religieuse, à l'éducation et à la santé jusqu'à la révolution tranquille du Québec dans les années 1960. Au fil des siècles, le diocèse prendra de plus en plus d'importance au point tel où il couvrira la totalité du territoire de la Nouvelle-France au XVIIIe siècle. Bien qu'il sera par la suite divisé en d'autres diocèses, il conservera son importance politique parmi tous les autres. En effet, il acquerra le titre d'archidiocèse, de province ecclésiastique et finalement, de primatie de l'Église catholique du Canada.

En 1665, Jean Talon, surnommé le bâtisseur, est nommé par Jean-Baptiste Colbert sous commission du roi Louis XIV à titre de premier intendant de la Nouvelle-France. Lors de son arrivée, le roi fait aussi venir des troupes militaires afin de défendre la colonie contre les menaces iroquoises. C'est ainsi que le lieutenant-général Alexandre de Prouville, marquis de Tracy, fait construire trois forts le long de la rivière Richelieu : le Fort Richelieu à l'emplacement actuel de la ville de Sorel-Tracy, le Fort Sainte-Thérèse près de Carignan et le Fort Saint-Jean près de la ville actuelle de Saint-Jean-sur-Richelieu. Toujours dans l'esprit de sa mission de bâtir la colonie, Jean Talon propose en outre d'instaurer le Conseil souverain au sein d'un gouvernement royal et de créer des cours de justice dans les villes de Montréal, de Québec et de Trois-Rivières. En 1666, Jean Talon effectue le premier recensement de la Nouvelle-France et, suite aux conclusions qui en sont tirées, il met en place une série de mesures de compensation et d'imposition afin d'encourager la nuptialité et la natalité. Il fait entre autres venir de France 800 femmes, communément appelées les "Filles du Roy" parce que dotées par le roi, lesquelles sont accueillies par Marguerite Bourgeoys. Tout au long de son intendance, il encourage la colonisation de la vallée du Saint-Laurent, en y créant et en attribuant la grande partie des seigneuries de la Nouvelle-France, tout comme les gouverneurs qui suivront. C'est ainsi qu'à partir de la fin de la première moitié du XVIIe siècle et tout au long de la seconde moitié, l'on assistera au début de la formation des régions actuelles du Québec avec l'arrivée des colons français et le développement du commerce de la fourrure. Ainsi, avec la sédentarisation des nouveaux colons canadiens et la traite de la fourrure, le site de plusieurs centres régionaux historiques actuels sera fixé. De ce fait, la Nouvelle-France assistera à la naissance des villes telles que Baie-Saint-Paul, Blainville, Boisbriand, Boucherville, Châteauguay, Lachute, Laval, Lavaltrie, Lévis, Longueuil, Matane, Montmagny, Repentigny, Rimouski, Rivière-du-Loup, Sept-Îles, Terrebonne, Varennes et Vaudreuil-Dorion, ainsi que La Tuque plus au nord, Belœil sur la rivière Richelieu et Saguenay dans le fjord du Saguenay. Bien que le régime seigneurial soit l'unique mode de division des terres, Jean Talon projette la création de trois villages en adoptant le plan de lotissement radial des Jésuites sur la seigneurie Notre-Dame-des-Anges en 1665, selon les directives du roi Louis XIV. Cette division des terres, unique en Amérique du Nord, permet le regroupement des colons afin d'assurer leur protection mutuelle contre les attaques iroquoises. Des trois villages projetés de Bourg-Royal, Bourg-Talon et Bourg-la-Reine, seul le village de Bourg-Royal voit le jour. Les terres en forme de triangle tronqué se déploient tout autour d'un quadrilatère central[21], situé à l'emplacement de l'arrondissement historique du Trait-Carré de Charlesbourg dans la ville de Québec.[22]

En 1669, le roi Louis XIV crée un nouveau poste au sein de l'Ancien Régime français afin de diriger la Nouvelle-France, celui de Secrétaire d'État de la Marine. Ainsi, le Conseil souverain sera placé directement sous son autorité et recevra les ordonnances du roi par son intermédiaire. Cependant, plus tard, deux autres principaux ministres de l'État auront une autorité sur la colonie et par le fait même agiront de concert avec les secrétaires d'État de la Marine de l'époque. Il en est ainsi du Cardinal Dubois qui assumera ce rôle sous la régence du duc Philippe d'Orléans de 1715 à 1723 ainsi que d'André Hercule de Fleury qui effectuera les mêmes tâches de 1726 à 1743 sous le règne de Louis XV. Avec cette nouvelle organisation, Jean Talon réussira à diversifier l'économie grâce au système mercantile établi entre la Nouvelle-France, la métropole et les Antilles françaises. Il agrandit en outre les limites de la Nouvelle-France en chargeant des explorateurs d'étudier de nouveaux territoires. C'est ainsi que le coureur des bois Louis Jolliet et le père Jacques Marquette sont envoyés en exploration le long de la vallée du Mississippi. En revenant de leur expédition, ils s'arrêtent sur le site de la ville actuelle de Chicago (point de passage entre les Grands Lacs du Canada et le bassin du Mississippi) et y créent un poste permanent de traite de fourrure. Cependant, c'est en 1682 que René Robert Cavelier de La Salle prend possession des lieux et nommera le territoire s'étendant des Grands Lacs au Golfe du Mexique du nom de Louisiane en l'honneur du roi de France. De plus, Jean Talon envoie deux équipes à l'est afin de trouver une solution pour relier l'Acadie et le Canada par route terrestre. Dans la même lignée d'exploration, Charles Albanel, Paul Denys de Saint-Simon et Sébastien Provencher sont recrutés pour explorer les terres de la Baie du Nord (Baie d'Hudson) et pour appuyer la souveraineté de la France sur cette région au moment où la Compagnie de la baie d'Hudson y commence ses activités[23]. Simon François Daumont de Saint-Lusson a pour sa part la mission d'explorer la région de l'Outaouais et du bassin des Grands lacs, constituant en grande partie l'ensemble de la région canadienne des Pays d'en Haut.

Dirigé par Pierre de Troyes, l'explorateur canadien Pierre LeMoyne d'Iberville est envoyé en expédition à la baie James[24] et se rend donc en 1686 dans la région de la baie d'Hudson avec pour mission d'y déloger les Anglais qui y avaient établis la Compagnie de la baie d'Hudson en 1670. Ces derniers avaient indûment pris possession des territoires entourant le plan d'eau après la trahison de Médard Chouart des Groseilliers et de Pierre-Esprit Radisson à l'endroit de la France. Ces deux explorateurs français avaient suscité l'intérêt de l'Angleterre afin de prendre le contrôle du commerce de la fourrure dans la région en 1668 après le refus de Louis XIV de leur accorder les permis d'exploitation. Le seul voyage de l'Angleterre dans la région se fit en 1610 lorsque Henry Hudson navigua sur les eaux de la baie d'Hudson. Ce dernier n'avait cependant établi qu'un campement hivernal sur la rive de la baie puisque pris par les glaces, sans exploration des territoires, puis fut laissé pour mort au printemps lors de la mutinerie de son équipage qui retourna en Angleterre.

Les guerres

La compétition pour les territoires, les bases navales, la fourrure et la pêche devenant de plus en plus féroce, maintes guerres éclatent impliquant les Français, les Hollandais, les Britanniques et les tribus amérindiennes comme alliées. Ainsi, le XVIIIe siècle sera caractérisé en grande partie par les guerres intercoloniales (nommées French and Indian Wars en Nouvelle-Angleterre) qui apparaissent entre les Français, avec pour alliés les Hurons et les Algonquins, et les Hollandais – au début – ainsi que les Britanniques par la suite, lesquels ont pour alliée la confédération iroquoise, afin de définir le contrôle du commerce de la fourrure, notamment dans la vallée de l'Ohio. Ces guerres intercoloniales se perpétreront environ au même moment que les quatre guerres franco-britanniques en Europe entre 1689 et 1763.

Dans le but de protéger la ville de Québec contre la Nouvelle-Angleterre, Louis de Buade, comte de Frontenac et gouverneur de Nouvelle-France, fait construire la première enceinte de la Citadelle de Québec en 1690. Au mois d’octobre de cette même année, le gouverneur Frontenac rejette l’offre de reddition de la ville et réussit à repousser les Britanniques de William Phips à la bataille de Québec. De plus en 1695, à l'emplacement actuel de Kingston en Ontario, celui-ci reprend la construction du Fort Frontenac qui avait été détruit en 1688 par les Iroquois, alors que l'ancien fort avait été construit après négociations entre le gouverneur Frontenac et une délégation iroquoise en 1673 afin d'étendre le commerce de la fourrure dans les Pays d'en Haut et de protéger Ville-Marie contre les Anglais.

Les nations autochtones s'étant fait la guerre entre elles tout au long du XVIIe siècle pour obtenir le privilège du commerce de la fourrure auprès des puissances européennes, la Nouvelle-France signe finalement la Paix des Braves en 1701 entre ses alliés et la confédération iroquoise, connue aussi sous le nom de Grande paix de Montréal, grâce au gouverneur Louis-Hector de Callières. Celle-ci regroupe près d'une quarantaine de nations autochtones et plusieurs milliers de délégués français et autochtones. Bien que des traités de paix furent avancés auparavant par les différents gouverneurs auprès des Iroquois, ce traité mettra définitivement fin aux guerres franco-iroquoises et de ce fait, aux guerres entre les peuples autochtones mêmes qui avaient débuté avant même l'arrivée des Européens en Amérique du Nord. Il marquera un tournant dans l'histoire dans les relations entre Français et Amérindiens alliant ainsi les Français aux Iroquois en protection contre les offensives britanniques.[25][26][27]

Par suite de la première guerre franco-britannique - la Guerre de la ligue d'Augsbourg, les traités de Ryswick de 1697 élargissent les frontières de la Nouvelle-France, notamment grâce à la reconnaissance par l'Espagne de la partie ouest de Saint-Domingue (Haïti) comme étant possession française. De plus, ils mettent provisoirement fin à la guerre en restituant à la France les établissements de la baie d’Hudson et une partie de l’Acadie[28]. Puis, en cette même année, Pierre LeMoyne d'Iberville est choisi par la France pour retourner découvrir l'embouchure du fleuve Mississippi et coloniser la Louisiane, laquelle est convoitée par les Britanniques. Il y fonde le premier peuplement près de la baie de Biloxi, en compagnie de son frère Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville. Ce dernier fondera La Nouvelle-Orléans en 1718.

Dans la même période d'exploration qui s’étend vers le Pays des Illinois en Louisiane et au moment où les Français tentent de coloniser davantage les territoires du sud pour faire face à la menace britannique dans la vallée de l’Ohio, Antoine Laumet de La Mothe, Sieur de Cadillac, fonde en 1701 la ville de Détroit avec la construction du Fort Pontchartrain. La ville de Windsor, sur l'autre rive de la rivière Détroit, sera peuplée en 1748 à même ce fort, alors que le Fort Rouillé sera érigé en 1750 à l'emplacement actuel de la ville de Toronto sous l'ordonnance du gouverneur Jacques-Pierre de Taffanel de La Jonquière, marquis de La Jonquière.

Après la victoire britannique à la Guerre de Succession d'Espagne, les Anglais s'emparent, lors du traité d'Utrecht en 1713, de Saint-Christophe aux Antilles, de Terre-Neuve, de la baie d'Hudson et de l'Acadie, puis mènent à la destruction complète de la capitale de cette dernière, Port-Royal (Annapolis Royal). Les territoires de l'Acadie formeront une nouvelle colonie anglaise qui prendra le nom de Nouvelle-Écosse. Cependant, par faute d'une évaluation exacte de la superficie du territoire par les Anglais, les Français conservent en partie l'Acadie - notamment les territoires constituant le Nouveau-Brunswick actuel, l'Isle Saint-Jean (Île-du-Prince-Édouard) et l'Isle royale (île du Cap-Breton), sur laquelle ils entreprennent la construction de la forteresse de Louisbourg qui en devient en 1718 la capitale. Lors de la Guerre de Succession d'Autriche, les Britanniques venus de Nouvelle-Angleterre captureront la forteresse en 1745, mais cette dernière sera restituée à la France lors de la signature du traité d'Aix-la-Chapelle en 1748. L'année suivante, les soldats anglais fonderont la ville d'Halifax en y créant un avant-poste militaire afin de peupler la Nouvelle-Écosse de colons britanniques.

Pendant la période de paix qui suit le traité d'Utrecht, en plus de la construction de la forteresse de Louisbourg et de la fondation de Port-la-Joie (aujourd'hui la ville de Charlottetown) par les Acadiens, les colons de la Nouvelle-France construisent le Chemin du Roy en 1737 afin de relier Québec, Trois-Rivières et Montréal sur la rive nord du fleuve. Ce chemin devient la première route carrossable au Canada et est nommé ainsi dans l'espoir que le roi l'empruntera un jour. À partir de 1720, les fortifications de la ville de Québec sont par ailleurs érigées. De plus, la colonisation française commence à s'étendre le long de la rivière Chaudière, laquelle mène directement aux colonies de la Nouvelle-Angleterre à partir de la ville de Québec, et par conséquent développe la région de la Beauce allant même jusqu'au site actuel de Lac-Mégantic. Puis, en 1738, la Nouvelle-France agrandit son territoire de plus belle en terres inconnues avec l'exploration de l'ouest canadien. La région est explorée pour la première fois grâce à Pierre Gaultier, seigneur de Varennes et de La Vérendrye, lequel fait construire le Fort Rouge à l'emplacement actuel de la ville de Winnipeg. En 1740, son fils François atteint les montagnes Rocheuses et explore les régions actuelles du Montana et du Wyoming. Après la Guerre de Succession d'Autriche, en 1748, Pierre de Rigaud de Vaudreuil, alors gouverneur de Montréal, reçoit une seigneurie du roi Louis XV sur les terres de la ville actuelle de Saint-Hyacinthe. Ce cadeau de la France devient le dernier legs au Canada.

La Nouvelle-France s'étend dorénavant des montagnes Rocheuses aux Appalaches. Cependant, afin de prendre le contrôle du commerce de la fourrure et d'empêcher l'expansion du catholicisme en Amérique, les Britanniques tentent de plus belle de s'emparer des territoires de la Nouvelle-France, notamment en essayant de se rendre dans la vallée de l'Ohio. Lorsque la guerre de Sept Ans éclatera en 1756 entre la France et la Grande-Bretagne en Europe, la guerre fera donc déjà rage en Amérique.

Ainsi, la guerre de la Conquête débute au mois de mai 1754 lorsque Coulon de Jumonville est envoyé en mission de reconnaissance à savoir si le territoire français (dans l'État actuel de Pennsylvanie) est en effet envahi par les Anglais et, le cas échéant, pour délivrer à ces derniers une sommation de retrait au nom du roi Louis XV. Dans cette altercation qui sera connue comme étant l’Affaire Jumonville et la cause directe du déclenchement de la guerre, George Washington est accusé par les Français d’avoir ouvert le feu sur cet émissaire du roi de France. Ce conflit a pour conséquence la bataille de Fort Necessity en juillet de cette même année. Au cours de cette dernière, le commandant du Fort Duquesne (actuel Pittsburgh), Claude-Pierre Pécaudy de Contrecœur, décrète l’ordonnance d’arrestation de George Washington par un contingent de soldats commandé par Louis Coulon de Villiers, se soldant ainsi par la première victoire française.

Puis, en 1755, les soldats britanniques dirigés par Robert Monckton ouvrent une offensive et conduisent à la bataille de Fort Beauséjour dans la région du Beaubassin près du village « Le Coude » en Acadie (site de la ville actuelle de Moncton). Cette dernière mènera à la Déportation des Acadiens (surnommé le Grand Dérangement) par les Anglais, en cette même année, à partir du village de Grand-Pré dans le bassin des Mines. Alors que la résistance mènera des Acadiens à se réfugier au Canada, d'autres conflits continueront la déportation dont la prise du Fort Gaspareaux et la bataille de Petitcoudiac en cette même année ainsi que la bataille du Cran en juillet 1758. Cependant, le siège de Louisbourg commença un mois avant cette dernière et mène la Grande-Bretagne à contraindre à la reddition les Français de la forteresse de Louisbourg en juillet, laquelle deviendra un point stratégique pour la prise de la ville de Québec.

Une série d’expéditions et de batailles se succéderont pour la prise de la vallée de l’Ohio, au cours desquelles tant les Britanniques que les Français connaîtront victoires et défaites. Parmi les batailles les plus décisives de la guerre de la Conquête sur ce territoire, l’on peut nommer, entre autres, la bataille de la Monongahela, la bataille du Lac George, la bataille de Fort Bull, la bataille de Fort Oswego, l’expédition Kittanning, la bataille de Fort William Henry, la bataille de Fort Carillon, la bataille de Fort Frontenac, la bataille de Fort Duquesne, la bataille de Fort Ligonier et la bataille de Fort Niagara (dernière bataille majeure pour la possession de la vallée de l’Ohio).

Le Décès du Général Wolfe, peint par Benjamin West, illustre le décès du général britannique Wolfe après sa victoire à la Bataille des Plaines d'Abraham en 1759.

Le 26 juin 1759, le siège de la ville de Québec débute lorsque les Anglais posent pied à l’île d’Orléans. À la première tentative de débarquement pour la prise de Québec, les Anglais connaissent cependant une défaite lors de la bataille de Beauport au mois de juillet 1759. Au mois de septembre de la même année, les troupes britanniques débarquent à l’Anse au Foulon, et des soldats escaladent la falaise de Cap aux Diamants. La bataille des plaines d'Abraham devient l’une des batailles les plus déterminantes de la guerre de la Conquête et mène à la prise définitive de la ville de Québec par le général James Wolfe sur Louis-Joseph de Montcalm, marquis de Montcalm.

Lors de la bataille de Sainte-Foy, le gouverneur de la Nouvelle-France et François Gaston de Lévis, chevalier de Lévis réussissent à repousser les Britanniques du général James Murray. Cependant, les renforts britanniques arriveront avant ceux de la France et mèneront successivement à la capitulation de Trois-Rivières et à celle de Montréal en septembre 1760 par le gouverneur Pierre de Rigaud de Vaudreuil de Cavagnial, marquis de Vaudreuil, sous les conditions du général Jeffery Amherst, quelque temps après la bataille des Mille-Îles. Un dernier espoir fut toutefois donné par la France aux colons de la Nouvelle-France au mois de juillet 1760. Une petite flotte armée fut envoyée dans la baie des Chaleurs, mais fut confrontée à une bataille vaine, la bataille de la Ristigouche.

Pendant trois ans, la Nouvelle-France est dominée par un régime militaire anglais, puis suite à la victoire britannique à la guerre de Sept Ans, la Grande-Bretagne s'approprie définitivement l'Acadie, le Canada et la partie orientale de la Louisiane (entre le Mississippi et les Appalaches) au Traité de Paris en 1763.

Ainsi, la Nouvelle-France prend fin et, bien que plusieurs vestiges de cette période passée demeurent encore aujourd'hui après la vente aux Américains du restant de la Louisiane en 1803 par Napoléon Bonaparte, le territoire des îles Saint-Pierre-et-Miquelon reste la seule possession française en Amérique du Nord. À partir de 1763, les colons français acadiens et canadiens sont coupés de tous liens avec la métropole par l'armée britannique. Du moins jusque dans les années 1960, cette situation mènera ainsi la population acadienne et canadienne-française à un manque d'approvisionnement, à une soumission inconditionnelle de survie puisque coupée de toute défense militaire et autre, et à un appauvrissement face aux Anglais qui prennent possession des terres des Français et ce, tout en étant continuellement approvisionnés par la métropole britannique.

Régime militaire britannique provisoire (1760 - 1763)

Alors que la France et la Grande-Bretagne sont toujours en guerre en Europe, la Nouvelle-France et la Nouvelle-Angleterre sortent d’une guerre qui a duré près de sept ans. Comme les décisions administratives et politiques concernant les colonies sont prises par les métropoles respectives, le général Jeffery Amherst, à titre de commandant en chef de l’armée britannique en Amérique du Nord, établit un régime militaire provisoire en Nouvelle-France. Ce dernier ne comporte aucune réforme afin de ne pas provoquer le soulèvement des Canadiens.

Pendant cette période, la bataille de Signal Hill met définitivement fin à la présence française à Saint-Jean de Terre-Neuve en 1762. Cette même année, la France cède secrètement la Louisiane de l'ouest